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RENAN LUCE

 

Propos recueillis par Géraldine - Octobre 2009

 

Parle-nous un peu de toi, de ton parcours…
Depuis l’enfance, ma découverte de la musique est passée par la chanson française contrairement à mon frère qui était plus intéressé par la musique classique. J’aimais chanter, c’était une façon de m’exprimer qui me correspondait bien. Par la suite, après avoir appris le piano, j’ai toujours été animé par l’envie d’écrire des chansons. Et puis, dès qu’une guitare a traîné un peu à la maison, j’ai commencé à chanter, d’abord les chansons des autres et ensuite mes propres compos. J’ai d'ailleurs écrit ma première chanson à 17 ans. J’ai ensuite commencé à faire des petits concerts dans les bars chez moi, près de Morlaix en Bretagne, à Rennes, je suis aussi passé par Toulouse pour finir à Paris où j’ai commencé à jouer régulièrement.

Tu as commencé par faire des études de commerce, quand as-tu fais le choix de te consacrer à la chanson ?

En fait, j’ai d'abord fini mes études à Toulouse puis, je suis parti à Paris pour travailler tout en continuant à écrire des chansons et à les jouer dans des petits lieux. J’ai fait quelques rencontres déterminantes qui m’ont aidé à aller un peu plus loin. Je n’ai pas tout plaqué du jour au lendemain, le choix s’est fait petit à petit. La musique a gagné mais c’était gagné d’avance de toute façon.

 

Tout a quand même été très vite pour toi…

Très vite, je ne sais pas… Il y a eu plein de petites étapes où j’ai rencontré un éditeur, puis mon manager - ce qui m’a permis de jouer pendant quelques mois dans un théâtre à Paris et m’a ouvert l'opportunité de faire d’autres rencontres notamment avec ma maison de disque - puis j’ai commencé à faire des premières parties, etc etc... Ensuite seulement, j’ai commencé ma propre tournée avec mes musiciens dans des petites salles puis des salles un peu plus grandes… et les radios ont commencé à jouer mes chansons… Toutes ces étapes font que je ne me suis pas senti parachuté du jour au lendemain et que tout s’est fait de manière assez saine et cohérente. Mais ce processus a tout de même pris plusieurs années.

 

 

Parle-nous un peu de ton dernier album, "le Clan des Miros"…

Ce sont d’abord des envies de musique qui ont guidé le travail sur le "Clan des Miros". Quand j’ai commencé, j’avais envie de types d’arrangements, de textures de sons qui m’ont un peu servi de déclencheur pour me remettre à travailler. Je me suis concentré sur ma guitare pour chercher des mélodies, des ambiances… Toutes ces mélodies m’ont donné des images, des situations dont je me suis inspiré pour les textes. C’est vrai que le fait d’avoir tourné pendant deux ans avec mes musiciens fait que j’aborde la musique de façon peut-être un peu différente que pour le premier album. Pour "Repenti", j’avais travaillé tout seul avec ma guitare. Là, j’étais fort d’une première expérience en studio et d’un travail en groupe, j’étais probablement plus impliqué dans le travail en studio.

 

Comment te viennent les petites histoires que tu racontes dans tes chansons ? 

Pour cet album-là, ce sont vraiment les musiques qui m’ont inspiré. Pour la chanson "Nantes", par exemple, qui parle d’une autostoppeuse, elle m’est venue grâce à un petit thème à la guitare qui trottait dans ma tête depuis un moment et qui m’évoquait des images de mouvement, de road-movie… Je me suis imaginé dans une voiture en train de voir une autostoppeuse… Sinon, mon inspiration peut venir d’une rencontre, où d’un lieu dans lequel je vois des gens passer… Ou d’un livre, d’un film, d’une musique qui me donnent une idée d’une situation particulière… Et puis, il y a aussi des choses plus intimes également, des états d’âme qui me font du bien à exprimer dans des chansons. C’est assez vaste et varié. J’ai une phase «carnet» qui me permet d’écrire une idée qui arrive, un petit bout de phrase. Après il y a une phase un peu plus studieuse où je m’assieds devant une feuille de papier pour travailler autour de l’idée, la phrase, la petite histoire, la développer, essayer de créer des sentiments, ensuite viennent les rimes, la construction du texte….

 

Tu parles souvent des rencontres qui ont jalonné ta vie et t’ont permis d’avancer… Est-ce que tu crois au destin ?

Pas vraiment le destin… "Le Clan des Miros" c’est l’expression d’une espèce de non-clairvoyance par rapport à ce qui nous entoure, en particulier des rencontres qui sont souvent fortuites… Je ne crois pas vraiment au destin mais plutôt au hasard et à l’importance du hasard qui fait qu’on ne peut jamais prévoir ce qui peut arriver. C’est ce qui fait qu’on est ballotté dans nos vies et ce qui les rend passionnantes mais aussi qu’on s’y cogne régulièrement. Je crois beaucoup au hasard et au fait de savoir saisir des petits moments qui se présentent à nous.


Tu as connu un vrai succès avec ton premier album, est-ce que ça t’a mis la pression pour le deuxième ?

Pas vraiment. Au début, c’était peut-être plus un problème d’état d’esprit que de pression… Quand on sort d’une tournée, on est plus centré sur soi, sur le groupe et pas ouvert sur le monde… Et dans le travail d’écriture, il faut être tourné vers l’extérieur, ouvert sur le monde pour laisser entrer l’inspiration. Je n’ai pas vraiment réfléchi, j’ai préféré me concentrer sur les envies assez précises que j’avais en terme de musique, de manière d’écrire, des choses auxquelles je pouvais me raccrocher… Mes objectifs personnels en fait. Je voulais être fier des chansons que je créais car je savais que j’allais vivre avec pendant un long moment sur scène… Je ne voulais rien bacler, je voulais être précis dans ce que je faisais.

 

Qu’est-ce que ça t’a apporté de travailler avec ton groupe sur le deuxième album ?

On a beaucoup joué ensemble donc on se connaît maintenant très bien, je connais leur son, leur manière de jouer et eux connaissent très bien mes goûts… Cela permet une manière assez directe de dialoguer en musique ensemble. Quand j’exprime une idée, ils la comprennent très vite et quand ils me proposent quelque chose, ça va souvent dans le sens de ce que je souhaite. Il y a un mélange des idées  qui fait que tout ça devient plus riche et très agréable… Au-delà de ça, il y a une histoire d’amitié aussi et je crois beaucoup à l’amitié qui stimule la créativité. Ce n’était pas une manière de me rassurer en travaillant en équipe, c’était une façon de m’approcher au plus prés de ce que je voulais.

 

 

Comment est née la chanson du film "Le Petit Nicolas" ? Est-ce que l’univers de Goscinny est un univers qui te parle ?

C’est l’équipe du film qui est venue me chercher pour cette chanson et ça faisait effectivement écho à beaucoup de choses dont "Le Petit Nicolas" que j’ai beaucoup lu étant enfant, qui fait partie des livres qui m’ont éveillé au plaisir de lire, dont l’enfance, thème que je soupoudre régulièrement dans mes chansons par petites touches… C’était l’occasion de m’y atteler de manière plus frontale en me replongeant dans mes propres souvenirs d’enfance. L’idée c’était que ce soit une chanson qui me ressemble, pas seulement une chanson de commande, je voulais me replonger dans cette petite bulle insouciante de l’enfance.

 

Tu as aimé le film ?

Oui, ce qui n’était pas évident car on a tous une image assez précise dans sa tête de tous les personnages de l’univers du Petit Nicolas et ils ont bien réussi à retranscrire tout ça.

 

Tes chansons sont très cinématographiques, est-ce que ça ne te tente pas d’écrire pour le cinéma ?

Pourquoi pas !… J’aime beaucoup le cinéma. C’est vrai que pour l’instant je trouve dans la chanson quelque chose d’assez complet et très large qui me satisfait pleinement, de la composition et de l’écriture qui est un moment très solitaire, le studio qui ressemble à petit cocon dans lequel j’ai l’impression d’être un petit artisan qui essaye de faire un bel objet qui me ressemble en prenant le temps, et enfin la scène qui est un moment exutoire, de rencontre avec le public… Pour l’instant, ce métier me convient totalement et je ne vais pas au devant d’autre chose, mais pourquoi pas le cinéma un jour.


Tes chansons sont très cinématographiques, est-ce que ça ne te tente pas d’écrire pour le cinéma ?

Pourquoi pas !… J’aime beaucoup le cinéma. C’est vrai que pour l’instant je trouve dans la chanson quelque chose d’assez complet et très large qui me satisfait pleinement, de la composition et de l’écriture qui est un moment très solitaire, le studio qui ressemble à petit cocon dans lequel j’ai l’impression d’être un petit artisan qui essaye de faire un bel objet qui me ressemble en prenant le temps, et enfin la scène qui est un moment exutoire, de rencontre avec le public… Pour l’instant, ce métier me convient totalement et je ne vais pas au devant d’autre chose, mais pourquoi pas le cinéma un jour.

 

Et développer des textes plus longs, des nouvelles, un roman ?

Je ne sais pas ce qui se passerait si j’avais plus de temps pour développer un texte. J’aime ce petit cadre sécurisant que m’impose la chanson, qui peut paraître contraignant mais qui est en fait un gage de liberté… Dans ce cadre-là, je dois raconter quelque chose et ça me force à faire des concessions. Cela m’emmène souvent un peu plus loin que ce que j’imaginais parce qu’une rime m’emmène à un endroit auquel je n’avais pas pensé… C’est vraiment une façon de m’exprimer pleine de richesses…

 

Certaines de tes chansons sont des tubes, tout le monde les connaît, comment tu reçois ça de la part du public ?

Je le mesure surtout sur scène, c’est toujours des moments un peu particuliers où les gens prennent du plaisir à participer, à chanter et c’est ce dont j’ai envie sur scène, d’un public qui réagit, qui participe. C’est très agrèable… c’est aussi très touchant de voir que les gens se sont appropriés des histoires comme "La Lettre", qu’elle leur parle…

 

"La Fille de la Bande" en prend le chemin, non ?

Ce n’est pas quelque chose que je maîtrise mais c’est vrai que les gens semblent avoir une certaine affection pour cette chanson. Elle a ce côté ludique, ce côté petite nouvelle… et le thème du voyou qui, moi, me parle beaucoup…

 

Tu aimes les films de gangsters ?

Bien sûr… C’est un thème sans fin, maintes fois utilisé, mais un groupe de personnes qui n’a pas de limites et vit au jour le jour, c’est une bonne source d’inspiration pour moi. Ca permet de créer des histoires qui vont un peu plus loin que le quotidien, qui partent du côté de l’aventure, de la rêverie…

 

N'as-tu pas envie de mettre ta plume au service des autres ?

J’aimerais beaucoup mais il faudrait que ça passe par une rencontre, quelque chose de l’ordre de l’amitié aussi plutôt que celle de la commande parce que j’aurais besoin de me glisser dans l’état d’esprit de quelqu’un pour lui proposer un texte vraiment adequat. J’aurai du mal à le faire de loin donc j’attends les bonnes rencontres pour ça.