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MICHEL DELPECH
Propos recueillis par Géraldine - Novembre 2009
Vous vous approchez doucement de l’âge de "Quand j’étais chanteur", quel regard vous posez sur votre carrière ? Tout ce que j’ai fait en cédant à une pression quelconque, je le regrette. Mais ce n’est évidemment pas une constante dans ma carrière mais à chaque fois que je l’ai fait pour faire plaisir, par faiblesse, pour être présent médiatiquement… je le regrette. Je pense que dans toute chose le plus important est d’être fidèle à soi-même, de garder son idée et de ne jamais céder à quoi que ce soit. C’est généralement ce que l’âge nous apprend, qu’il ne faut jamais faire de concession avec soi. C’est presque impossible de vivre toute une vie sans compromis, mais il faut s’efforcer à suivre sa route fermement.
Vous êtes un pilier de la chanson française mais plus une machine à tubes comme dans les années 70-80, cela vous affecte-t-il ? Pas du tout. Je trouve ça tout à fait normal. On est une machine à tubes en général quand on est jeune parce que les tubes sont des chansons que les gens s’approprient pour danser, pour s’éclater... C’est donc une musique qui s’adresse à des gens jeunes. Rares sont les artistes «adultes» qui continuent à faire des tubes malgré une carrière longue…
En quoi votre métier de chanteur est-il différent d’à l’époque ? Il est différent de par mon état d’esprit qui a beaucoup changé et le travail en studio qui a beaucoup évolué… Il y a plein de différences mais moi je l’exerce de la même manière… Ah oui. Je prends même plus de plaisir sur scène et un peu moins en studio parce que je délègue beaucoup plus… J’aimais les séances d’enregistrement avec les musiciens, quand on était tous ensemble pour travailler sur un morceau, on découvrait l’arrangement qu’untel avait concocté dans son coin. La découverte d’une traite d’un arrangement était un plaisir fou. Aujourd’hui, on construit les albums beaucoup plus lentement, point après point, guitare après guitare… Un morceau se construit tout doucement et moi, j’aimais la découverte et la construction brutales des choses.
Vous vous voyez toujours sur scène à 80 ans comme Charles Aznavour ? Je ne fais pas de projets en ce sens… Il ne faut pas se sentir déclinant… Il y a un temps pour tout et je ne sais pas dans quel état physique je serais à cet âge-là.
"Ce soir, je passe à la télé" est un regard posé sur la téléréalité… Que pensez-vous de ce besoin de célébrité qui se développe de plus en plus au travers de ce phénomène ? La célébrité paraît maintenant accessible à tous par opposition, par exemple, au temps d’Ava Garner où elle était réservée à des personnes vraiment exceptionnelles, des beautés fatales qui avaient des contrats avec Hollywood et qui étaient inaccessibles… Ce qu’on appelait des Stars. Elles étaient photographiées toujours glamour, mises en scène pour les sacraliser… Jamais on ne les aurait vues exposer leurs bourrelets sur une plage quelconque… Maintenant, c’est le contraire, tout le monde peut avoir son moment de célébrité en ne faisant rien d’extraordinaire. La chanson parle aussi de la solitude, est-ce que vous pensez que c’est lié ? Oui, bien sur… Je suis d’ailleurs toujours étonné d’entendre les gens téléphoner aux radios pour exposer leurs problèmes sexuels. Je ne sais pas ce qui les pousse à faire ça. Le fait est qu’on vit dans une époque où tout le monde s’exhibe, à la télé, sur le web… C’est une nouvelle manière d’exister, c’est quelque chose de très complexe à expliquer sans tomber dans les lieux communs.
Auriez-vous fait ce genre d’émissions si elles avaient existé au début de votre carrière ? Oui, sans aucune hésitation je pense que je l’aurais fait parce que j’avais vraiment envie de me faire connaître.
Vous interprétez une chanson sur l’interdiction de la cigarette dans les lieux publics… La cigarette vous manque-t-elle vraiment ? La cigarette ne me manque pas parce que je ne m’en prive pas !... Mais elle manque parfois au paysage pour ce qu’elle avait de convivial même si je suis assez heureux de pouvoir aller au restaurant sans que mon voisin de table me souffle sa fumée dans le nez. En plus, je trouve que le petit club qui se forme de fait sur le trottoir a du bon. Je ne nie pas la dangerosité de la cigarette mais c’est vrai que c’était sympa de pouvoir allumer sa petite clope en buvant tranquillement son café au comptoir…
Etes-vous un homme d’addiction ? Oui. Pas de véritable drogue mais je ne pourrai pas me passer d’un bon repas de temps en temps, de sexe, d’amour… Je suis accro aux plaisirs de la vie en fait !
A travers les chansons de votre album, vous portez un regard plein d’amour et de compassion sur le monde qui vous entoure… Etes-vous un homme heureux ? Dans la mesure du possible, je suis un homme relativement heureux. Je suis comme tout le monde, j’ai des hauts et des bas, la vie est parfois très rude même si on n’a pas trop le droit de se plaindre… mais je me sens plutôt bien. Quelles sont les rencontres qui ont marqué votre carrière et votre vie ? Une personne sans qui votre vie ne serait pas la même aujourd’hui ? Roland Vincent, mon premier compositeur, qui a écrit ma première chanson. Je pense qu’il vous ferait la même réponse, notre rencontre a été déterminante dans nos carrières respectives… C’est la rencontre artistique qui a été la plus importante pour moi, la plus enrichissante. Après, il y a eu évidemment plein de rencontres qui ont eu leur importance… Comme dans une des chansons de l’album qui s’appelle "Les Belles et l’Automne" où je parle, pour la première fois d’ailleurs, des femmes qui ont traversé ma vie et où je dis que même les rencontres les plus fugaces ont marqué ma vie. Chaque rencontre nous construit, aussi une rencontre amoureuse qu’une autre… Parfois la personne est restée très peu de temps dans notre vie mais elle a eu un rôle ou une influence déterminante.
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